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Le Fil d'Ariane... de Claude François à la planète rouge-sang

Le Fil d'Ariane, c'est un récit, des anecdotes culturelles, historiques et scientifiques, une déambulation dans le temps et l'espace.

Épisode 01, le Fil d'Ariane... de Claude François à la planète rouge-sang.


Chronique le Fil d'Ariane ; épisode 01 | De Claude François à la planète rouge-sang

11 mars 1978, 11 mars 2019. Il y a 41 ans Claude François nous quittait. « Cloclo » avait vu le jour en Égypte (son dernier tube Alexandrie, Alexandra évoquait sa jeunesse :« Voile sur les filles, barques sur le Nil », « […] Fait naufrager les papillons de ma jeunesse »). Ses arrières grand-parents s'y étaient installés. Nicolas Joseph François, son arrière-grand-père, né à Saint-Maurice-sur-Moselle dans les Vosges en 1835, travaillait à la Compagnie du Canal de Suez en tant que télégraphiste. Il avait épousé en 1872, à Port-Saïd (Égypte), Marie-Anne Delphine Callon.

Marie-Anne Delphine Callon n'était ni vosgienne, ni égyptienne. Elle était ardéchoise, originaire d'un petit village du Haut-Vivarais : Saint-Romain-Le-Désert. Au début du XXème siècle, son conseil municipal souhaita abandonner le nom du village pour celui de son hameau Mars. Motif officiel : un différentiel démographique très défavorable au bourg. Motif officieux : les dissensions religieuses séculaires n'avaient jamais cessé sur ce plateau à très forte identité protestante ; la majorité des habitants, protestants, résidait à Mars où le Temple avait été construit, tandis que l'église catholique se situait à Saint-Romain-Le-Désert. Le 18 décembre 1909, le président Armand Fallières, que les chansonniers et la presse de l'époque n'épargnaient guère, décréta le transfert du chef-lieu de commune au hameau de Mars ainsi que le changement de nom de la commune.

Des Romains dans le Haut-Vivarais

Saint-Romain-Le-Désert devint donc Mars. Si l'origine de ce nom semble évidente, les raisons de la présence de ce toponyme sur le plateau du Haut-Vivarais ne sont pas clairement définie. Il pourrait s'agir d'une référence directe au dieu romain en raison de la présence (supposée) d'un temple le long de la voie romaine traversant le hameau. Ce temple dédié au dieu de la guerre aurait célébré la victoire des légions du consul Quintus Fabius Maximus sur les Allobroges et les Arvernes en 121 a.v. J-C. lors de la bataille du confluent. Cette bataille fut une victoire majeure pour les Romains car elle leur permit d'annexer le sud de la Gaule. Mal documentée, elle se serait déroulée « Au point de jonction de l'Isar, du Rhône et du mont Cemmène […] » d'après Strabon, dans la plaine entre Pont-de-l'Isère et Chanos-Curson, dans la Drôme. Toujours selon Strabon, Quintus Fabius Maximus aurait élevé un temple à Mars sur le lieu de sa victoire.


Vignobles surplombant la ville de Tain-l'Hermitage et le Rhône ; au second plan, la plaine de la bataille du confluent ; à l'arrière plan, le Vercors

Une autre explication est plus prosaïque. Le nom Mars dériverait du patronyme romain Marcius. Il indiquerait donc une installation antique sur le plateau du Haut-Vivarais, à proximité de la voie romaine. Cet important axe de communication reliait Tournon et le sillon rhodanien, au Puy, et les traces d'occupation antique qui y sont associées sont nombreuses mise à part au cœur du plateau. Marcius (ou Marcia) est un gentilice, un nom de famille romain. Ce patronyme est celui d'une ancienne famille romaine, patricienne puis plébéienne, qui affirmait descendre du quatrième rois de Rome, Ancus Marcius (640-616 a.v. J-C.). Plusieurs membres de cette gens marquèrent l'histoire romaine comme Coriolan (Caius Marcius Coriolanus) (vers 495 a.v. J-C.) qui inspira compositeurs, peintres ou encore dramaturges, Caius Marcius Rutilus (vers 350 a.v. J-C.), premier dictateur, puis premier censeur issu de la plèbe ou Quintus Marcius Rex, préteur qui fit construire l'aqueduc Aqua Marcia de Rome (144 a.v. J-C.).


Étymologiquement, le nom Marcius, ou martius, proviendrait donc également du dieu Mars. Le dieu de la guerre avait une place toute particulière dans la culture romaine. Il fut le père de Romulus et Remus, les fondateurs de Rome en 753 a.v. J-C. Romulus, qui instaura le premier calendrier romain de 10 mois, le fit débuter par le mois de Mars (Martius) en l'honneur de son père. L'année romaine débutait donc par le mois de la guerre : les campagnes militaires ne reprenaient qu'au mois de mars, après l'hiver. Le dieu de la guerre était celui qui répandait le sang. Le rouge, couleur du sang, qui évoque l’excitation, la colère, la violence, la guerre (mais aussi le pouvoir), lui fut associé. Tout comme le point lumineux rouge-orangé que les hommes observaient dans le ciel nocturne : la planète rouge devint Mars.


Quand Mars observe Mars

Aux côtés de ce point lumineux rouge-orangé, six autres astres mobiles se déplaçaient parmi les étoiles, fixes. Ces sept astres mobiles donnèrent leurs noms aux jours de la semaine : la Lune (lundi), Mars (mardi), Mercure (mercredi), Jupiter (jeudi), Vénus (vendredi), Saturne (saturday en anglais mais sabbatis dies « jour du chabbat » samedi en français sous l'influence du christianisme), le Soleil (sunday mais dies dominica « jour du Seigneur » dimanche).

Aujourd'hui, le nom de Mars évoque bien plus la planète que le dieu de la guerre, les découvertes scientifiques issues de l'exploration du sol martien faisant régulièrement l'actualité. Depuis le début des années 2000, la commune de Mars met en avant son nom pour développer et promouvoir des activités touristiques et culturelles autour de l'astronomie à travers le projet Planète Mars. En 2001, trois astronautes de la NASA et un astronaute du CNES ont participé à un événement dans la commune. En 2006, le Festival des Étoiles a été créé, et en 2009, le Club d'Astronomie de Mars (CAM). Et depuis 2015, un observatoire astronomique a été installé dans la commune. L'Arche des Métiers, le Centre de Culture Scientifique, Technique et Industriel de l'Ardèche y propose des activités d'observations et de sensibilisation à l'astronomie.

La situation géographique du site explique la qualité du ciel marsois ; sur le plateau ardéchois, la pollution lumineuse est très limitée offrant ainsi de bonnes conditions d'observations. La planète rouge y retrouve son apparence antique que la lumière artificielle avait quelque peu ternie. Seul point lumineux coloré du ciel nocturne, Mars marque les esprits depuis toujours par sa teinte et son éclat. Au XVIIIe siècle, son nom a été donné à des pigments de peintures, les couleurs de Mars. Il faut attendre les années 1980 puis les explorations des sondes martiennes pour expliquer la couleur de la planète rouge : sa surface est recouverte d'une mince couche de poussière rouge d'hématite, un oxyde de fer. Pour les aréologues, la découverte n'a rien d'exotique : il s'agit du minerai de fer le plus abondant sur Terre. L'hématite a été décrite par Pline l'Ancien dès 77, et a longtemps été utilisé comme pigment rouge pour teinter la céramique. Pour les mythologues par contre, la découverte est beaucoup plus intéressante : le terme hématite provient du latin haematites qui dérive lui-même du grecque « αίμα » qui signifie « sang » (dans le même registre lexical, nous retrouvons les hématies, les globules rouges).

Les Hommes de l'Antiquité avait donc raison ; finalement, la planète rouge associée au dieu Mars est bel et bien recouverte de « sang » !


Crédits photos : Arnaud-Victor Monteux -Wikimedia commons (modifié) ; Grizzli - Mark Zamoyski - Wikimedia Commons (modifié) ; G.Hüdepohl (atacamaphoto.com)/ESO

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